After the Deluge

After the Deluge

Winter 2017




David LaChapelle: After the Deluge
Exhibition at BAM, Mons
Publication: Snoeck Editions
Publication date: Winter 2017
Editors: Gianni Mercurio
Format: 12” x 10”
Features: 200 pages, Full Color, paperback book
Language: French
ISBN: 978-94-6161-405-6


This catalogue accompanied the 2017 exhibition at BAM, Mons.

Excerpt by Xavier Roland: Louvoyant entre art, publicité et clips vidéos, les créations de David LaChapelle ne connaissent de prime abord aucun cloisonnement, provoquant ainsi fréquemment une confusion de genres. Au début de sa carrière, il disait même que « les magazines étaient des galeries d’art » et que « si quelqu’un déchirait une page du magazine avec une photo de moi dessus et qu’il la collait à son frigo, voilá alors ca devenait un musée, le musée privé de quelqu’un ». Remettait- il réellement en cause l’institution muséale en défendant l'idée d’un musée imaginaire privé ? À tout le moins, le geste de déchirer une photo et de la coller sur un frigo suffit à provoquer une relation nouvelle à l’image délivrée de sa fonction première d'être une publicité
En présentant des photos de David LaChapelle aux cimaises du BAM, le musée sort donc indéniablement de sa zone de confort. Nous sommes ici confrontés à un artiste qui brouille littéralement les frontières entre espace médiatique et espace muséal. Andy Warhol, avant lui, avait déjà jeté la confusion dans les esprits. La filiation entre la pop star des boîtes de soupe Campbell’s et son travail s’inscrit dans cette catégorie de art dans laquelle une série d’artistes peuvent se reconnaître, explique le photographe américain. Ainsi, par exemple, Keith Haring est cette autre grande figure de proue que David LaChapelle a rencontrée et avec qui il a fréquenté les clubs les plus branchés de Manhattan. Rien de commun entre ces deux artistes : l’un est inspiré par la contre-culture prônée par la Beat Generation, l’autre est baigné dans une culture baroque et glamour. Rien de commun excepté peut-être cette même frénésie populaire et créative qui touche les gens. Dès lors, encore aujourd’hui, nous parlons de pop music tout comme on peut parler de pop art ou même pop museum. Ce n’est plus un mouvement mais une forme d’art ou d’engagement qui se caractérise comme une méthode utilisée par les artistes pour toucher les gens au départ de leur quotidien. L’exercice est évidemment périlleux d’un point de vue artistique.
Outre le fait que ce soit Warhol qui l’initie en lui proposant de travailler pour se célèbre revue Interview, nous percevons chez le photographe, alors âgé d'à peine vingt ans, une filiation très nette pour le langage pop. Tout d’abord, Interview était le magazine d'art et de tendances de l'époque. Cette opportunité donnée par Warhol de présenter son travail dans ce support fut pour le photographe un véritable élément déclencheur dans son travail. « Mon but devint, dit-il, celui de photographier le plus grand nombre de gens afin de reconstruire le monde de la culture populaire et le monde dans lequel on vivait. Pour le fixer, et pour voir jusqu'à quel point je pouvais pousser les gens et les gens et les situations extrêmes ». Les photos de stars qu’il fixe ainsi sur la pellicule révèlent cette culture, notre culture, celle de notre temps. Même s’il s’agit de rêveries exagérées, même s’il exagère le trait dans les couleurs, les mises en scène exubérantes, les positions suggestives, les décors irréels, elles reflètent ce qu’il se passait dans le monde. D’une certaine manière l’artiste pousse jusqu'à son paroxysme un monde dans lequel il vit, sans critique ni réelle arrière-pensée...